Publié le 16 février 2026

Un email intercepté. Des plans industriels dans la nature. Une notification CNIL à envoyer sous 72 heures. J’ai accompagné un cabinet d’avocats parisien l’année dernière dans exactement cette situation. Vingt-cinq avocats qui échangeaient quotidiennement des pièces de procédure confidentielles par email classique, sans chiffrement, avec une limite de 10 Mo qui les poussait à utiliser WeTransfer pour les dossiers volumineux. Le jour où un email contenant des documents sensibles a été intercepté lors d’une cyberattaque ciblant l’un de leurs clients, la réalité les a rattrapés brutalement.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un audit de sécurité personnalisé. Chaque organisation ayant des besoins spécifiques, consultez un expert en cybersécurité ou votre RSSI pour adapter ces recommandations à votre contexte.

L’essentiel sur le transfert sécurisé en 4 points

  • Les emails et solutions grand public n’offrent pas de chiffrement de bout en bout ni de traçabilité
  • Vérifiez systématiquement les certifications ANSSI ou SecNumCloud avant tout choix
  • Comptez 45 à 60 jours pour un déploiement complet avec formation des équipes
  • Le coût d’une fuite de données dépasse largement celui d’une solution professionnelle

Pourquoi les emails et solutions grand public ne suffisent plus

3,85 millions €

Coût moyen d’une violation de données en France en 2024

Ce chiffre, issu du rapport IBM sur les violations de données 2024, représente la moyenne. Pour une PME, on tourne plutôt entre 45 000 et 110 000 euros. Pour une ETI, ça peut dépasser 500 000 euros. Franchement, quand je mets ces montants en face du coût d’une solution professionnelle de transfert sécurisé, la discussion s’arrête généralement là.

Dans mon accompagnement d’entreprises sur leur sécurité informatique, je constate régulièrement que des équipes utilisent encore des services grand public pour transférer des documents confidentiels. WeTransfer pour les fichiers volumineux, Google Drive pour le partage avec les prestataires, parfois même WhatsApp pour « aller vite ». L’absence de chiffrement de bout en bout et de traçabilité expose ces organisations à des risques majeurs. Ce constat est limité à mon périmètre d’intervention, mais il révèle une méconnaissance répandue des enjeux.

L’analyse des incidents révèle souvent des failles dans les pratiques de transfert



La CNIL a enregistré 5 919 notifications de violations de données en 2024, soit une hausse de 29 % par rapport à 2023. Ça représente environ 16 fuites par jour. Et ce ne sont que les incidents déclarés.

Attention : Comme l’indiquent les recommandations de la CNIL, « messagerie électronique, messagerie instantanée, plateforme de dépôt de fichiers constituent rarement un moyen de communication sûr » pour les données personnelles. Cette position officielle devrait suffire à remettre en question vos pratiques actuelles.

Le problème technique est simple : les protocoles email standards (SMTP) ne garantissent pas un chiffrement de bout en bout des contenus. Votre message peut être intercepté à plusieurs étapes de son acheminement. Sans parler de l’absence totale de preuve de réception ou de traçabilité en cas de litige avec un client ou un fournisseur.

Les 5 critères non négociables pour choisir votre solution de transfert

Une interface dédiée offre des garanties que l’email ne peut fournir



Je recommande systématiquement de vérifier la certification ANSSI avant tout autre critère. Soyons clairs : face à la multiplication des offres sur le marché des transferts sécurisés, cette certification reste le signal le plus fiable pour évaluer le niveau de sécurité réel d’une solution. Les commerciaux vous promettront tous un « chiffrement militaire » — la certification ANSSI, elle, atteste d’un audit indépendant.

Mon avis (qui n’engage que moi) : si vous traitez des données sensibles — santé, juridique, industriel — visez SecNumCloud. C’est la qualification délivrée par l’ANSSI pour les prestataires cloud démontrant le plus haut niveau de sécurité. Fin 2025, des acteurs comme S3NS (Thales x Google Cloud) ont obtenu cette qualification version 3.2, ce qui montre que le marché se structure enfin.

Les 5 questions à poser à votre futur prestataire



  • Disposez-vous d’une certification ANSSI, CSPN ou qualification SecNumCloud en cours de validité ?


  • Où sont physiquement hébergées les données et par quelle entité juridique ?


  • Le chiffrement est-il de bout en bout avec clés gérées côté client ?


  • Quelle traçabilité proposez-vous (preuves de dépôt, accusés de réception, journaux d’audit) ?


  • Comment s’intègre votre solution à notre SI existant (SSO, annuaire LDAP, API) ?

Sur le chiffrement, les nouvelles dispositions 2025-2026 sont claires : AES-256 devient le standard obligatoire pour les transferts vers pays tiers, avec authentification multifacteur et journaux d’audit détaillés. Si votre prestataire ne coche pas ces cases, passez votre chemin.

Bon à savoir : La différence entre certification ISO 27001 et qualification ANSSI est essentielle. ISO 27001 certifie un système de management de la sécurité — c’est une démarche d’organisation. Les qualifications ANSSI (dont SecNumCloud) évaluent la sécurité technique réelle du produit ou service. Les deux sont complémentaires, mais pour un outil de transfert, la qualification ANSSI pèse plus lourd.

Déployer une solution MFT : les étapes clés et pièges à éviter

Les projets que j’ai suivis montrent une constante : on sous-estime toujours le temps nécessaire à l’adoption par les équipes. La partie technique — installation, paramétrage, intégration SI — prend généralement 30 jours. C’est la conduite du changement qui fait déraper les plannings.


  • Audit des flux de données existants et cartographie des risques — identifiez qui envoie quoi, à qui, par quel canal

  • Sélection solution selon critères : certifications, hébergement souverain, ergonomie, intégration SI

  • Paramétrage technique et intégration avec annuaire, SSO, outils métiers existants

  • Formation des équipes pilotes et définition des protocoles internes

  • Mise en production généralisée et suivi des indicateurs d’adoption

L’erreur la plus fréquente que je rencontre ? Imposer l’outil sans expliquer le pourquoi. Les équipes métiers qui utilisaient WeTransfer « parce que c’est simple » vont résister si vous leur ajoutez trois clics sans leur montrer les risques qu’ils prenaient. Prenez le temps de cette pédagogie.

La formation des équipes représente souvent le facteur clé de succès



Conseil terrain : Identifiez vos « ambassadeurs » dans chaque service — ces profils qui adoptent facilement les nouveaux outils et peuvent accompagner leurs collègues. Leur implication divise par deux le temps d’adoption global.

Sur le terrain, la réalité est parfois décourageante : certaines équipes continuent d’utiliser l’ancien canal « en parallèle » pendant des mois. La seule solution efficace, c’est de couper l’accès aux alternatives non sécurisées une fois la formation terminée. Radical, mais nécessaire. Pour approfondir les aspects techniques, je vous recommande ce guide sur la sécurité maximale pour vos transferts de fichiers qui complète utilement cette approche projet.

Vos questions sur la sécurisation des transferts de fichiers

Quel budget prévoir pour une solution de transfert sécurisé ?

Ça dépend fortement de votre volumétrie et du nombre d’utilisateurs. Pour une PME de 50 personnes, comptez entre 200 et 500 euros par mois en mode SaaS. Pour une ETI avec intégration SI poussée, le budget annuel tourne plutôt autour de 15 000 à 40 000 euros. Mettez ce coût en face des 45 000 à 110 000 euros que coûte une fuite de données — le calcul est vite fait.

WeTransfer Pro ou Dropbox Business suffisent-ils pour des données sensibles ?

Pour des documents courants sans caractère confidentiel, ces outils peuvent convenir. Pour des données sensibles — santé, juridique, industriel, RH — la réponse est non. Ces solutions ne disposent pas de certifications ANSSI, leurs données transitent souvent par des serveurs hors UE, et la traçabilité reste limitée. Le critère discriminant : pouvez-vous prouver juridiquement qui a accédé à quoi et quand ?

Quelles sanctions risque-t-on en cas de fuite de données mal sécurisées ?

Le bilan 2025 des sanctions CNIL est éloquent : 78 amendes prononcées pour un montant total de 486,8 millions d’euros. Le RGPD prévoit des sanctions pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial ou 20 millions d’euros. Sans oublier l’obligation de notification sous 72 heures et l’impact réputationnel, souvent plus coûteux que l’amende elle-même.

Comment convaincre ma direction d’investir dans une solution dédiée ?

Parlez argent et risque, pas technique. Présentez le coût moyen d’une fuite (entre 45 000 € et 3,85 millions € selon la taille), les obligations légales RGPD avec sanctions associées, et le ROI d’une solution professionnelle. Un argument qui porte souvent : « Nos concurrents certifiés ISO 27001 peuvent nous prendre des marchés si nous ne pouvons pas garantir la sécurité des échanges avec nos clients. »

Solution cloud ou on-premise : que choisir ?

Le cloud (SaaS) convient à 80 % des entreprises : déploiement rapide, maintenance incluse, mises à jour automatiques. L’on-premise se justifie pour les secteurs ultra-réglementés (défense, certains industriels) ou les organisations ayant des contraintes de souveraineté strictes. Dans tous les cas, vérifiez que l’hébergement est en France et que le prestataire dispose des certifications appropriées.

La sécurisation des transferts de fichiers s’inscrit dans une démarche globale de protection des données. Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à consulter ce guide complémentaire sur la sécurité des données numériques en entreprise qui aborde les autres dimensions de la cybersécurité organisationnelle.

Ce que je recommande pour la suite

Plutôt que de conclure par une liste de rappels, posez-vous une question simple : si demain un email sensible de votre organisation était intercepté, pourriez-vous prouver que vous aviez mis en place les mesures de protection raisonnables ? C’est cette question que vous poseront la CNIL, votre assureur, et potentiellement un juge.

Vos trois prochaines actions concrètes



  • Cette semaine : cartographiez vos flux de données sensibles actuels et identifiez les canaux non sécurisés utilisés par vos équipes


  • Ce mois-ci : demandez des démonstrations à trois prestataires certifiés ANSSI avec la checklist des 5 questions


  • Ce trimestre : lancez un pilote sur un service à risque (juridique, RH, R&D) avant déploiement généralisé

Le transfert de fichiers sécurisé n’est pas un projet informatique. C’est un projet de protection de votre activité.

Rédigé par Marc Fontaine, consultant en cybersécurité exerçant en cabinet indépendant depuis 2018. Basé à Paris, il accompagne PME et ETI sur la sécurisation de leurs flux de données, avec une expertise particulière sur les solutions de transfert de fichiers (MFT) et la conformité RGPD. Il intervient régulièrement auprès de DSI et RSSI sur des projets de déploiement d'infrastructures sécurisées.